
modifié le mercredi 11 novembre 2009 à 07:42
J'ai des envies de danses dionysiaques et de transes chamanistes en l'honneur d'un seul dieu. Celui des cloaques et de la concupiscence. Des senteurs d'opiums et d'herbes exotiques. Celui des ivresses et des sexes dressés. Un dieu bouc un peu sataniste - border line disent-ils - qui érige les bordels en temples. Celui dont le sang coule dans l'absinthe comme dans le pinard et qui se répand en flaques le long des trottoirs. Bref, l'ami du poète de mauvaise vie. La seule qui vaille.
Marre des fausses virginités et des puretés. C'est pas ce qui soulage mes appétences. Ni les vôtres. Marre des rituels et de leurs psaumes salvateurs. La seule place de paradis qui nous reste est celle du Pandémonium. Une place qui ne se crée qu'aux creux des draps souillés dans lesquels nos corps s'épuisent. Et puisent le plaisir du fruit défendu. Gloire à Eve et à la démystification du Démiurge. Gloire aux prières impies en l'honneur de la lune. Soyons des loups! En meute ou solitaires. De préférence solitaires.
Je les vois la nuit errer à la recherche d'une drogue, d'une illusion tapie entre les ombres qui les libèrerait. Je les entends traquer l'absolution dans les caniveaux, leurs corps endormis en chien de fusil. Je sens leur sueur dans leurs effluves de bière et je devine leurs larmes au détour d'un grognement. D'une supplique bacchanale. Alors pour un instant, j'ai des compagnons avec qui écrire sur les murs. Des muses, un peu harpies, qui me soufflent des mots d'effrontés pour qu'ils s'écorchent sur les lézardes du béton parisien.
Des mots qui ont perdu leur signification à force de ne les manipuler que dans les sens de la convention grammaticale. Que d'empiriques académiciens, comme des Gorgones modernes, ont figé dans le signifiant, le signifié et autres enculades et pantalonnades. Tendez-leur le miroir! Celui d'Alice ou des alouettes, qu'importe, pourvu que le reflet de leur laideur langagière les renvoie au néant.
Et rendez-nous la sombre beauté des mots! La liberté mutine qu'ils renferment et cette douceur consolante qui apaise nos plaies. Les mots sont des anarchistes qui se foutent de tout puisqu'ils se suffisent à eux-mêmes. Ils sont le ciment d'un possible, d'une ébauche de paradis perdu, d'un Olympe de débauche. Peuplés des rires des putains et d'orgasmes aux mains sales. De langues jamais rassasiées et toujours rebelles. Et d'épaules où nicher sa tête pour tendre à s'oublier et se laisser aller aux rêves.
Et puis... Et puis, il y a cette môme... Elle m'a confiée qu'elle pensait chaque matin à moi en regardant les paons. Et qu'elle attendrait que le temps fasse son office pour ne garder en mémoire que les yeux de leurs plumes.
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